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Sandy palace : l’incroyable mais réaliste dégringolade d’une adolescente trop sage

"Sandy Palace" retrace le parcours de Sandrine, une adolescente de 16 ans, depuis la privilégiée vallée de Chevreuse aux trottoirs du Vancouver Downtown Eastside, le quartier le plus miséreux du Canada. Entre les deux, un gouffre que Sandrine va franchir brutalement et involontairement. L’élément déclencheur : la trahison de sa mère (trop) idolâtrée et la peur du futur que provoque cette révélation. Une seule solution : la fuite. Mais la petite fugue devenue grand voyage va bien vite tourner au cauchemar.

 

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"Sandy Palace" explore les thèmes chers à l’auteur : "l’instant où tout bascule", le problème du choix et du destin, l’irrémédiable enchaînement du pire. La première perfidie n’est pas celle que l’on croit et, comme tout au long du roman, il décrit et décortique les effets imprévisibles d’un évènement anodin. Tout commence avec la victoire historique des Bleus en juillet 98. Il y a la fête, la flûte de champagne bue tard en soirée, le réveil difficile la tête dans du coton, le stage d’équitation qui commence mal et le retour inopiné à la maison, la discussion téléphonique interceptée au coin d’un couloir et soudain la révélation. Le choc. L’impression d’être passée à travers un mur de briques (…J’en avais un comme ça chez moi. Enfin, sans le savoir. Il est apparu brutalement un jour, en travers de mon chemin et je suis passée à travers…). Et puis le simulacre de fugue, d’abord appel au secours puis petite vengeance qui, par dépit, devient réel envol pour une incroyable et dramatique aventure.

 

Le thème de l’adolescent(e) qui fugue et tombe dans la drogue n’est certes pas nouveau. Les plus belles pages produites sur ce sujet sont souvent issues de documents écrits par les protagonistes (la série des "Moi Christiane F., …" de Christiane Felscherinow), "Dans ma peau – Mémoires d’une prostituée" (Kate Holden), ou rédigés sous forme de journal intime souvent factice mais néanmoins plausible ("L’herbe bleue" de Béatrice Sparks). Dans la plupart des cas, le mal prend racines dans une enfance toxique ou bouleversée ("Le soleil au bout de la nuit" de Nicole Castioni ou "Junk" de Melvin Burgess), un deuil ou une séparation ("Un endroit où se cacher" de Joyce Carol Oats), la mauvaise influence d’un parent, d’un ami ou d’un groupe, voire le simple mal être ambiant ("Bleu presque transparent" de Ryû Murakami). Rares cependant sont les récits dont le héros est une jeune fille sage et sans problèmes mais trop naïve et trop exigeante.

 

Dans "Sandy Palace", le suspens repose moins sur les péripéties, souvent prévisibles parce qu’implacablement logiques et inévitables, que sur l’enchainement machiavélique des circonstances qui mènent d’une simple histoire familiale à une tragédie personnelle à la résonnance très médiatique. L’autre originalité du roman découle de l’utilisation de deux évènements tout à fait réels, la coupe du monde de football en 1998, en ouverture du roman, et l’affaire Pickton qui secoua la province de Colombie Britannique et le Canada tout entier au début des années 2000 pour conclure cette histoire déchirante. Le premier sert juste de déclencheur tandis que le second recoupe l’intrigue, justifiant le titre de l’ouvrage, conférant une authenticité certaine à cette histoire rocambolesque mais néanmoins en partie réelle. En préambule, l’auteur annonce très clairement la thématique explorée au-delà de l’histoire, inspirée par le parallèle établi entre un incident (personnel) réel qu’(il) raconte parfois avec une pointe de culpabilité dans la voix et une désagréable sensation dans le ventre, et l’histoire tragique de Sandrine. Le résultat : une histoire bouleversante, attachante voire même addictive.

L’effet de contraste et d’opposition, largement exploité tout au long du roman, saisit le lecteur : discussion insouciante de Sandrine et Cécile alors même que commence la finale du Mundial, profond désarroi de Sandrine en totale dissonance avec le climat estival et festif, coup de tête excessif qui transforme une histoire de famille et affaire d’état et un simulacre de fugue en une fuite éperdue, contraste incroyable entre la situation privilégiée de Sandrine en France et sa destinée outre-Atlantique… Les personnages principaux, complexes et ambivalents, se révèlent également sous deux personnalités bien différentes selon les circonstances : Sandrine sage/Sandy rebelle,  Marion fragile/Skipper impitoyable, Jordan étudiant candide/ marginal pervers, Sarah amie solide/ droguée influençable, Lucy compagne protectrice/partenaire égoïste.

 

En opposition totale avec le ton utilisé dans la suite de l’histoire, au point que l’on pourrait s’imaginer avoir ouvert une romance pour ado, le premier chapitre nous délivre déjà une avalanche d’informations : Sandrine l’inquiète, digne de confiance, très complice avec cette grande sœur qui lui ressemble physiquement mais paraît pourtant moins mature, mais aussi Sandrine :’adoratrice de l’icône matriarcale qui va la décevoir malgré leur complicité et leur adoration mutuelle. Mais le récit prend rapidement un ton plus grave, volontairement perturbant. Et si sombre n’est pas désespéré, le récit très noir met bien en exergue l’acharnement du destin, la petite flamme de l’espoir toujours renaissante et inlassablement soufflée par la malchance (ou la chance trop insolente). Sans verser dans le pathos, l’auteur explore minutieusement les mécanismes intimes qui conduisent une adolescente en apparences raisonnable mais encore malgré tout immature, à s’embarquer pour un voyage sans retour. Rien, dans le traitement ni le style, n’épargne le lecteur : le quotidien sordide, la réalité crue et sans concessions, la complexité inextricables des sentiments, toile d’araignée dans laquelle se débat l’héroïne. On attendra en vain que l’auteur fasse preuve de clémence dans ce récit glaçant mais profondément humain.

 

Le lecteur sortira peut-être brisé de cette découverte passionnante mais éprouvante, et sans nul doute scandalisé par les informations réelles livrées en  épilogue et par les réalités de l’affaire Pickton que dénonce l’auteur. Et l’on portera immanquablement le deuil de Sandrine, la jeune héroïne devenue au fil des pages amie, fille ou petite sœur.

 

QUELQUES LIGNES EXTRAITES DE "SANDY PALACE" :

 

Dans la file d’attente, au milieu des vacanciers en partance, tassée entre les piles de bagages qui débordaient des chariots, Sandrine s’accrocha à la certitude que sa supercherie ne passerait pas le comptoir d’enregistrement, que l’hôtesse détecterait la fugueuse dans cette fille au regard perdu tenant mollement un unique petit sac au bout de son bras. Pourtant la femme ne s’étonna guère qu’elle n’enregistrât aucun bagage en soute et lui remit sans sourciller une carte d’embarquement et un bon pour un repas gratuit dans un restaurant de CDG I, pour s’excuser du retard, dit-elle. Vaguement nauséeuse, Sandrine ne profita pas du déjeuner, préférant scruter le flux des arrivants et guetter l’appel de son nom jusqu’à l’heure du départ. Elle souhaitait bien plus qu’elle ne craignait l’irruption des policiers alertés, lancés à sa poursuite. Mais il n’y avait personne pour la saisir ni même la recueillir. Juste une main qui lui avait tendu un billet par-dessus un comptoir. Car soudain, cette fuite ubuesque prenait une réalité : le petit rectangle en carton vernissé, le sésame décoré de son bordereau magnétique. Sandrine commença d’avoir peur, vraiment, comme un kayakiste embarqué sur un rapide à la puissance sous-estimée, entrainé par le courant, incapable de s’arracher au cours des événements initiés, provoqués, à l’échéance improbable et redoutée. Elle aurait voulu tout arrêter, lever le pouce en signe de renoncement, se retrouver dans son lit, les farces les plus courtes sont les meilleures, Cécile tu es furieuse, je comprends, désolée, mais tu ne sais pas tout...

Mais où était Cécile ? Retournant sa chambre, lancée au domicile de Célia à la recherche de cette sœur traîtresse, déjà en route pour Roissy ou bien au commissariat de police ? Sandrine se sentit soudain honteuse, plus coupable que cette mère qui les délaissait pour un autre et qu’elle ne parvenait pas à haïr tout à fait. Elle, Sandrine, jouait sciemment avec le bonheur des autres, pour faire mal. Qu’avait-elle donc fait là ?

Quand elle se présenta au contrôle de sécurité, Sandrine comprit que, malgré ses cheveux plus longs et la légère différence de stature, elle ferait illusion et que le policier n’arrêterait pas sa course. Elle ne cherchait pas à passer inaperçue, ne tentait pas de se dérober aux regards inquisiteurs des fonctionnaires. La meilleure façon de se cacher était de se montrer. Soudain, elle souhaita réussir, comme pour se punir d’être allée trop loin. Point de non-retour. Elle n’avait plus envie que Cécile déboule, la dénonce, qu’on l’attrape, qu’on la livre à ses parents, encadrée par deux policiers de l’air et des frontières. Ce voyage n’était rien d’autre que le prolongement de ce geste, quand elle s’était emparée des billets et du passeport. Tout s’était décidé avant, alors qu’elle se tenait sur le seuil de la chambre. Le reste suivait la logique des cartes de géographie. La vraie frontière, elle l’avait franchie à la maison.

 

 

© Lignes Imaginaires 2017/C. Dugave 2009


18/09/2017
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SANDY PALACE

"Sandy Palace" (Christophe Dugave) est publié au format roman en Septembre 2017.

 

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Il ne lui restait plus que la fuite, et ce simulacre d’envol qui ne la mènerait nulle part. C’était justement là où elle voulait aller.

 

Juillet 1998. Sandrine, 16 ans, vit heureuse dans une famille sans histoires. Mais lorsqu’elle découvre incidemment que sa mère a un amant, tout son univers s'écroule. Anéantie par la trahison de cette maman idolâtrée, incapable de se taire mais refusant de l’accuser, elle cherche un soutien auprès de grande sœur Cécile. Mais Cécile est bien trop occupée par son prochain départ en vacances au Canada. Sur un coup de tête, Sandrine choisit alors la fuite, comme un appel au secours. Usurpant l’identité de sa sœur et profitant d’un concours de circonstances, elle parvient à s'embarquer pour le Québec. Mais la petite fugue devenue grand voyage va très vite tourner au cauchemar…

 

Basé sur des faits réels, le récit dense et bouleversant d’une traversée du Canada de Montréal à Vancouver, chronique implacable et sans concessions d’une irrémédiable glissade (Voir la présentation).

 

Prix TTC France : 17,50 € (papier) / 4,99 € (ebook)

ISBN 978-2-9523340-5-1

 

VOIR LA FICHE / PAPIEREPUB & MOBI 


18/09/2017
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"Cam@rdage" : Chasse au tueur dans les arcanes d’internet

Lignes Imaginaires a réédité "Cam@rdage", premier roman de Christophe Dugave, en format poche. Lors de sa première publication par les Editions du tremplin, ce thriller avait obtenu plus qu’un succès d’estime même si un critique spécialisé l’avait qualifiée de "Thriller light", sans doute parce qu’il évitait une avalanche de détails techniques relatifs à Internet, peut-être aussi parce que la couverture originale suggérait davantage de gore, promesse non tenue dans le récit. Car mis à part quelques rares scènes sanglantes, l’auteur ne se complaît pas dans les bains d’hémoglobine et la sexualité explicite et préfère le suspense psychologique à la violence pathologique. S‘y ajoute le drame personnel et la quête désespérée de l’héroïne, sans oublier l’hiver québécois "de poudreries en white-out, de soirs de slush en matins de glace", à la poétique très hivernale heureusement réchauffée par les savoureuses expressions de nos cousins d’Amérique.

 

Cam@rdage, assemblage incongru de la mort (la Camarde) et de "Bavardage" (l’ancien chat de Yahoo) dont le sens commun (méconnu) est annoncé dès les pages de garde, se sert en effet du chat comme d’un terrain de jeu pour explorer la complexité des âmes. Ne vous attendez donc pas à affronter des notions compliquées d’informatique ou un vocabulaire abscons : la technologie du Web n’y est que brièvement évoquée. Ce thriller se démarque donc de "Hell.com" (Patrick Senécal), "Web Mortem" (Christine Adamo), "la mort vous a choisi" (Eric Laurent) et se rapproche davantage de romans comme  "Ecran noir" (Pekka Hiltunen), "Necroprocesseurs" (Jacques Vettier) ou "Chain Mail" (Hiroshi Ishizaki).

 

Raconté à la première personne, assaisonné de joual (dialecte québécois), le récit immerge totalement le lecteur et met en scène des personnages complexes et denses, à commencer par l’héroïne. Anne est en effet déchirée entre ses études, sa passion pour le théâtre comme un exutoire à son introversion, sa recherche désespérée d’un père (émigré au Québec pour y suivre une jolie stagiaire qui l’a détourné de son devoir paternel) et d’une identité réelle, sa quête désespérée de la vérité en mémoire de Johanne et sa culpabilité, elle qui sans le vouloir a joué les rabatteuses pour un psychopathe insatiable. L’image du père absent, tantôt héros, tantôt déserteur ou bien encore indigne, est omniprésente dans ce récit et constitue un lien entre des personnages aussi différents qu’Anne, Johanne et Bernard. Et la chasse au tueur ne pourrait être que prétexte à entreprendre une quête personnelle. Mais peu à peu, les choses ne paraissent plus aussi simples. Car l’une des victimes semble un peu atypique, décalée… La place du père joue un rôle de plus en plus central mais peut-être pas celui que l’on croyait comprendre... L’auteur sait ménager le suspense et, malgré le décalage technologique qui date un peu l’intrigue bloquée en 2000-2001 (chat minimaliste, absence de webcam etc.), on se prend au jeu, on suppute, on cherche à deviner, en vain. Les pistes se multiplient, semblent sans issue… Pour savoir enfin, il faudra lire, jusqu’à la dernière page ! 

 

PROLOGUE :

 

« Avril est un menteur ! Il te promet le printemps, te donne deux ou trois belles journées où tu laisses le parka pour les T-shirts, pi l’maudit t’abandonne sous la neige pour la fin de semaine. Des fois même, tu te réveilles sous un soleil qui brille comme en plein juin et tu t’endors avec le grésil qui cogne aux vitres. J’suis tanné des mois d’avril, ça a pas de bon sens, on devrait passer tout drette de mars à mai ! ».

C’est ainsi que Bernard Pilotte définissait le quatrième mois de l’année et, lorsque je regardais par la fenêtre de ma chambre, je songeais qu’il avait bien raison. La neige tombait sans discontinuer depuis trois jours sur le sud du Québec. De lourds flocons dégringolaient d’un ciel bâché, s’accrochant aux vitres, s’accumulant sur le rebord de la fenêtre jusqu’à tomber en lourds paquets avec un bruit assourdi. Les jours auraient dû s’allonger sensiblement et pourtant, je ne voyais guère d’évolution de l’aube au crépuscule. Le jour et la nuit se confondaient dans la grisaille. Seuls, les gyrophares des chasse-neige coloraient ce paysage monochrome ; depuis longtemps déjà, leurs passages rythmaient mes soirées et mes fins de semaine.

La tête appuyée au double vitrage, je me laissais hypnotiser par les lueurs changeantes qui jouaient sur la surface soyeuse de la neige. Une fois encore, un soleil invisible s’enfonçait dans l’ombre. Mon cœur était triste, comme ce tableau de fin d’hiver. La poudreuse fraîche recouvrait peu à peu la vieille croûte grisâtre de neige compactée qui réapparaissait à chaque redoux. Je me demandais si elle fondrait un jour et si j’arriverais à oublier les événements de ces derniers mois. Des gens avaient croisé la ligne de ma vie comme des pistes de ski coupent une route. Certaines avaient continué leur chemin, d’autres n’étaient jamais réapparues de l’autre côté. Je savais qu’il faudrait plus d’un printemps pour les faire disparaître tout à fait.

Leurs visages s’imposaient à moi. Elles étaient là, sur l’écran de mon ordinateur, souriantes et détendues, presque complices : Johanne, Kathy, Nathalie… Seule Isabelle conservait une attitude un peu hautaine malgré son beau minois et sa chevelure d’Indienne. Je me demandais si le mal la rongeait déjà lorsqu’elle avait pris ce cliché… Elles paraissaient si vivantes que je pouvais croire qu’elles allaient me parler d’un instant à l’autre, mais il n’y avait d’autre bruit dans ma chambre que le ronronnement discret de mon portable et le choc des flocons mouillés sur le carreau, couvert de temps à autre par le signal sonore des déneigeuses en mouvement.

Je fis chauffer de l’eau sur ma plaque électrique et me préparai une soupe chinoise aux nouilles. Depuis plusieurs semaines, c’était mon ordinaire pour souper. Il en existait cinq ou six variétés différentes que j’achetais à la coopérative étudiante de l’université, mais je n’aurais su dire à coup sûr laquelle j’avais mangée la veille : la rouge, l’orange, la verte ? Quelle importance ? Les goûts différaient peu et cette monotonie avait quelque chose de rassurant. Je me raccrochais à mes petites habitudes et ne quittais ma chambre que pour aller en cours ou au laboratoire, et pour faire quelques courses chez le dépanneur. J’évitais la foule et les endroits déserts. Les inconnus me faisaient peur. Je bouclais ma chambre, une chaise bloquant la poignée de la porte. Malgré les antidépresseurs et les anxiolytiques, les cauchemars et les crises d’angoisse me réveillaient trois ou quatre fois par nuit et, lorsque je quittais ma tanière, je vérifiais par réflexe que ni Josée Miousse, ni Bernard Pilotte ne me guettaient dans le couloir. Comment auraient-ils pu m’attendre ? J’étais la seule miraculée de cet effroyable carnage. J’aurais dû mordre la vie à pleines dents, mais j’avalais difficilement un bol de nouilles trop cuites. J’aurais dû faire des projets d’avenir et la plus grande décision de ma soirée avait été de choisir la couleur de mon sachet-repas. Je ne me reconnaissais plus. Je fuyais les miroirs. Ma raison me chuchotait que je n’étais pas coupable mais mon cœur criait que j’étais au moins complice de m’être tue. J’avais beau tenter de me persuader que je souffrais tout simplement du syndrome du rescapé, mes sens, mon corps, mon esprit me refusaient l’espoir. Les souvenirs se mêlaient et se bousculaient, renversés par les bourrasques de l’hiver. Des visages pourtant familiers m’apparaissaient, indistincts. Ma mère, ma sœur Marie, mon père me manquaient. La réalité et le virtuel se mélangeaient, comme les arbres blancs se fondaient dans la neige au-delà de la route.

Je fermai les fichiers graphiques et éteignis mon ordinateur. Une fois encore, je renonçai à détruire définitivement les photos. J’espérais seulement que le printemps, qui se faisait attendre, apaiserait ma douleur. Comme chaque soir, lorsque je me retrouvais seule dans ma chambre, l’histoire me revenait par bribes. Je revoyais la route qui me conduisait de Mirabel à Sherbrooke. C’était l’été, je paraissais insouciante, et je rêvais d’Amériques.

© Lignes Imaginaires 2017/C. Dugave 2003


15/09/2017
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CAM@RDAGE

LIGNES IMAGINAIRES a réédité "Cam@rdage" de Christophe Dugave en format de poche en Août 2017.

 

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Quatrième de couverture :

 

Fin 2000, le Québec a pris ses quartiers d’hiver. Anne, jeune Française étudiant à l’université de Sherbrooke, apprend que son amie Johanne a été sauvagement assassinée durant la soirée de la Saint-Sylvestre. Très vite, Anne suspecte que  la victime a rencontré son assassin dans les salons de discussion par Internet qu’elle fréquentait assidûment. Les webcams étant encore rares en ce début de millénaire, Johanne a sans doute imprudemment dévoilé sa véritable identité sans savoir à qui elle s’adressait vraiment. Anne se lance alors sur la piste du tueur. Mais est-il de l’autre côté de l’écran ou au contraire tout proche? Car Johanne n’est que la première proie d’un redoutable psychopathe…

Une captivante chasse au tueur qui commence sur le Web avant de se poursuivre dans les immensités glacées de la "Nouvelle France". 

 

Prix TTC France : 11,00 € (papier) /  Gratuit (eBook formats Pdf, ePub & MOBI)

ISBN 978-2-9523340-6-8

 

VOIR LA FICHE / PAPIER (PAYANT) /  EBOOK (GRATUIT)


15/09/2017
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MAUX D'OU: INCITATION A L'ECRITURE - Christophe DUGAVE : le syndrome de la ligne de crête

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Lorsqu’en société j’avoue écrire, on me demande souvent à quel genre littéraire je me voue. Et comme ma réponse est souvent large et imprécise, roman, roman noir, policier, thriller, nouvelles, on m’interroge alors à propos de mon sujet de prédilection. Quel est-il donc ? La réponse est évidente : tout simplement la vie. C’est un chemin sinueux et incertain, le gouffre de part et d’autre, le perpétuel appel du vide et la chute promise au moindre dérapage. Pourtant, la plupart d’entre nous suivons ce sentier sans faire de sortie de route. Mais il suffit d’un rien, d’un petit obstacle sur ce lai pierreux pour que notre existence en soit bouleversée de manière inopinée, profonde et irréversible. Parfois de manière positive, souvent de façon dramatique. Décortiquer chacun des mécanismes qui conduisent de la félicité à l’effondrement puis parfois à la rédemption est sans nul doute l’une des raisons qui me poussent à écrire. J’en vois a priori trois, reposant sur le même concept de destinée ou de hasard (qui ne sont à mon avis que des représentations d’une réalité infiniment complexe) : "l’aile du papillon", "l’instant où tout bascule" et "l’effet domino", processus successifs et interdépendants d’un même phénomène.

 

L’aile du papillon

Au commencement était un petit rien qui a tout changé dans votre vie. L’évènement fondateur, celui sans qui rien n’était possible et que l’on n’aurait pu prévoir tant le détail semble anodin. Son impact sur notre destin est majeur mais inattendu. La nature exacte du "destin" a fasciné plus d’un écrivain. Notre futur est-il réellement prédéterminé ou bien au contraire dicté au fil de l’eau par tout un ensemble de causes externes, plus ou moins reliées mais néanmoins totalement imprévisibles ? Qui ne s’est jamais demandé pourquoi la chance lui avait souri ou au contraire pour quelle raison le sort s’acharnait-il ainsi ? Comment les évènements qui influent sur notre vie se combinent-ils et comment un infime détail peut-il avoir des conséquences déterminantes sur notre existence ? Comment une option choisie il y a très longtemps, une action d’un tiers que vous ne connaissez pas ou un évènement survenant à des milliers de kilomètres peuvent avoir un effet essentiel sur votre destinée ? A défaut de pouvoir répondre à toutes ces questions que l’on regroupe souvent sous l’interrogation "Pourquoi ?", je m’efforce de proposer quelques éléments de réflexion et, qui sait, de réponse.

 

L’instant où tout bascule

Rien n’aurait été possible si l’évènement s’était produit à un autre moment. Ou alors, le futur aurait été sans doute très différent. Notre vie n’est en fait qu’une succession d’instants "où tout bascule" mais seulement quelques-uns auront droit de cité dans notre mémoire : ceux qui ont parfois brutalement et toujours durablement changé notre vie. Mais à la prédétermination imposée par la combinaison des causalités s’oppose la notion de choix. Face à une situation difficile ou déterminante, l’être humain a souvent la possibilité d’opter pour l’une ou l’autre des solutions qui s’offrent à lui, voire d’en imaginer de nouvelles. Mais dans quelle mesure ce choix est-il réellement laissé à son libre arbitre et si ce n’est pas le cas, comment les évènements influent-ils sur sa décision ? Et dans ce choix, quelle est la part réelle du hasard ? On peut donc à juste titre se demander "Quand ?" tout cela s’est joué.

 

L’effet domino : le pire est toujours certain

Reprenant les concepts brièvement développés précédemment, "l’effet domino" vient amplifier le phénomène. Il y a un moment où la situation bascule, entraîne une série de conséquences en cascade de la même façon que, culbutant un peu plus gros que lui, un petit domino de quelques grammes peut finalement jeter à terre une charge de plusieurs tonnes. Le phénomène ne joue pas nécessairement en notre défaveur mais il faut bien avouer qu’il marque notre conscience bien plus durement lorsqu’il mène à la catastrophe que quand il nous propulse vers la gloire ou le Nirvana. Partant du principe de gravité qui veut que l’eau coule toujours du haut vers le bas, la loi de Murphy se vérifie (presque) systématiquement et le pire est à peu près certain. A la notion de temporalité vient s’ajouter une idée de quantité : aussi infime que soit sa contribution, la molécule d’eau en trop, pour infime qu’elle soit, va irrémédiablement provoquer le débordement, la cascade puis le tsunami. Reste à savoir "Comment ?". C’est sans doute en tentant de répondre à cette question au travers de fictions que j’ai le plus de chance de trouver quelques éléments de réponse.

 

Il me reste aussi à utiliser, avec un peu de finesse si possible, les autres adverbes interrogatifs mis à ma disposition par la langue française. Qui ? Un héros ou une héroïne auquel nous pourrions nous identifier. Quoi ? Des situations que nous sommes susceptibles de connaître. Où ? Principalement en France (mon pays d’origine) et au Canada (où j’ai vécu). Combien ? Généralement un seul héros non récurrent, parfois plusieurs personnages principaux dont les histoires s’entrecroisent. Tout cela pour m’aider à développer quelques thèmes qui me sont chers : le mensonge, la trahison, les secrets de famille, le pardon, leurs effets immédiats ou à plus long terme sur nos vies et notre histoire. Et cette "insoutenable légèreté de l’être" qui nous permet malgré tout d’avancer, envers et contre tout.


24/04/2017
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